Fabienne Venot : « Observer les pratiquants pour orienter et évaluer les politiques fédérales »

02/04/2019
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Fabienne Venot
Directrice technique nationale, Fédération française de randonnée pédestre

La Fédération française de randonnée pédestre va lancer les premières réflexions sur l’élaboration de son prochain plan stratégique lors du congrès fédéral en avril 2019. Les attentes des randonneurs et leurs modalités de pratiques font-elles parti des éléments pris en compte pour préparer l’avenir ?

« Se connaître aujourd’hui, c’est se comparer à hier pour se projeter vers demain, et savoir où aller ensemble ». Cette formule d’ouverture du congrès fédéral 2017 est plus que jamais d’actualité. Il apparaît essentiel de poursuivre l’introspection commencée en 2017. Pour fêter ses 70 ans d’existence, la fédération avait alors souhaité questionner ses licenciés et ses clubs au sujet de leurs pratiques et comparer les résultats avec des études existantes. Il s’agissait de créer les fondations d’un observatoire dans l’objectif de récolter, rassembler et traiter des données relatives aux activités de marche et de randonnée.

En 2019, il s’agit de bénéficier de données permettant d’identifier et d’analyser le comportement des licenciés et leur satisfaction vis-à-vis de leurs clubs et des instances fédérales, pour nourrir les réflexions et orienter les politiques de développement mais également mesurer les effets de celles-ci sur les différents publics (ses clubs, ses licenciés et titulaires d’autres titres de participation, ses encadrants…).

C’est la raison pour laquelle la Fédération française de randonnée a lancé - en décembre 2018 - une étude sur 84 693 de ses licenciés disposant d’une adresse de messagerie électronique. 4 693 ont répondu, soit 1,8 % de la population mère initiale constituée de 259 000 licenciés. Au-delà de l’analyse des réponses et de la mise en évidence des résultats les plus remarquables qui nourriront la construction de notre prochain plan fédéral, l’étude nous a permis de créer une typologie des licenciés constituée de six familles présentant des caractéristiques et des comportements similaires.

Cette étude, réalisée avec l’appui du Pôle ressources national sports de nature, nous permettra de définir les défis que la fédération devra relever dans son plan 2021-2028 : le recrutement des actifs, l’organisation du lien avec les autres pratiques, les autres fédérations, transformer la licence en passeport donnant accès à des services spécifiques, etc.

Cette étude nous a permis de créer une typologie des licenciés constituée de six familles présentant des caractéristiques et des comportements similaires

En 2018, vous avez cherché à mieux identifier les tenants sociodémographiques du processus d’adhésion, de renouvellement et de non-renouvellement de vos licenciés. Quels ont été les résultats de cette démarche d’observation pluriannuelle ? Ont-ils eu un impact sur la politique fédérale ?

Au cours de la période 2011-2017, nous avons relevé un cumul de 1 531 231 licences avec un taux de croissance annuel moyen de 2,5 %. L’étude de la base de données des licenciés de la Fédération française de randonnée montre leurs profils sociodémographiques et leurs comportements en matière d’adhésion. Le public licencié est :

  • féminin à 64 %, avec une très légère tendance d’augmentation ;
  • vieillissant : la tranche des 70-80 ans se renforce, ce qui se traduit notamment par un accroissement de l’âge moyen de l’effectif licencié à 66 ans ;
  • fidèle : le maintien d’un taux de fidélisation des licenciés à un niveau particulièrement élevé : 80 % de l’effectif global des licenciés renouvelle leur licence après la première année de pratique. Cette fidélisation se confirme avec l’ancienneté : 70 % à deux ans, 60 % à trois ans, 55 % à quatre ans et 50 % à cinq ans. Cependant, plus le licencié novice est jeune, plus son taux de fidélisation diminue. L’ancienneté, l’âge, le sexe, le mois de prise de licence et, dans une moindre mesure, la taille du club, sont les principaux leviers expliquant l’abandon. Le profil type du licencié qui ne renouvelle pas son adhésion est le suivant : une licenciée avec peu d’ancienneté, d’âge moyen ou très avancé qui prend sa licence après la rentrée et qui est dans un club de taille importante ;
  • de même profil sur tout le territoire national. Le département n’est pas un critère discriminant quant au profil des licenciés. Chaque département présente donc ses spécificités et sa propre dynamique de flux de licenciés novices ou non. In fine, les départements citadins sont moins performants en matière de fidélisation des licenciés novices. L’acculturation de ces licenciés semble moins efficace que dans les départements plus ruraux.

Pour lutter contre le vieillissement de la population fédérale, des mesures ont été mises en place :

  1. Favoriser le recrutement d’encadrants plus jeunes pour attirer des pratiquants également plus jeunes. Un nouveau cursus de formation des animateurs, proposant des nouvelles pédagogies de formation de type formation à distance, tutorat… permet de diminuer le temps en présentiel et donc simplifie l’accès aux formations des actifs (moins coûteux en jour de congé).
  2. Favoriser la diversification des pratiques au sein des clubs mono activité, par le biais du Plan solidaire de développement finançant la création de section notamment de marche nordique et le longe côte qui attirent d’une manière générale des pratiquants plus jeunes et plus sportifs.
  3. La réactivation du dispositif Bien vieillir qui permet le recrutement de séniors actifs dans le cadre de formation de « préparation à la retraite ».

Les travaux sur le nouveau plan fédéral permettront de confirmer la volonté fédérale d’agir sur le vieillissement de sa population tout en poursuivant un renforcement des actions de fidélisation.

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