Guillaume Routier et Brice Lefèvre : « Accompagner les démarches d’observation des fédérations sportives »

02/04/2019
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Guillaume Routier
Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport (L-VIS), UFR STAPS de l’Université Claude Bernard Lyon 1

Brice Lefèvre
Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport (L-VIS), UFR STAPS de l’Université Claude Bernard Lyon 1

Pouvez-vous nous présenter le laboratoire L-VIS pour lequel vous œuvrez et nous éclairer sur l’axe de recherche concernant la vulnérabilité des pratiquants sportifs ?

Guillaume Routier : Il s’agit d’un laboratoire de recherche interdisciplinaire en sciences humaines et sociales rattaché à l’UFR STAPS de l’Université de Lyon. Il est composé d’une trentaine de chercheurs titulaires et d’autant de chercheurs associés et doctorants. Notre équipe de recherche est fédérée autour de deux axes?: l’innovation et les vulnérabilités en lien avec les activités physiques et sportives. L’objectif de l’axe de recherche sur les vulnérabilités est d’interroger le rôle des activités physiques et sportives dans le renforcement ou la réduction des vulnérabilités. Il peut s’agir de vulnérabilité sociales, physiques ou encore sanitaires…

Vous avez accompagné différentes fédérations sportives en matière d’observation de leurs licenciés, quelles similitudes et différences avez-vous pu identifier ?

Brice Lefèvre : En parallèle de notre activité de recherche fondamentale pour comprendre les processus qui sous-tendent certaines situations de vulnérabilité, nous accompagnons régulièrement différentes organisations sportives et en particuliers les fédérations. La dernière en date est la Fédération française de la randonnées pédestre. Nous les avons aidés à analyser la structuration (étude synchronique) et les dynamiques (étude diachronique) de leurs effectifs de licenciés. Plus précisément, il s’agit d’identifier les tenants sociodémographiques du processus d’adhésion, de renouvellement et de non renouvellement de l’adhésion. Cet accompagnement s’appuie souvent sur une analyse approfondie des bases de données fédérales. Et lorsqu’elles sont bien structurées, elles nous apprennent généralement énormément de choses. C’est sans doute là une première différence d’une fédération à l’autre?: la qualité de leur fichier administratif. Ensuite, il ne s’agit pas d’attribuer des bons ou des mauvais points, mais la FFRP est une fédération qui fidélise très bien ses adhérents. Nous y observons par exemple un taux de survie de reprise de licence d’une année sur l’autre de 80 % alors le taux de survie habituellement observé est, en général, plutôt de l’ordre de la moitié de l’effectif (55 % pour la Fédération française de la montagne et de l’escalade, 53 % pour la Fédération française de sport adapté). Ensuite notre travail est d’essayer de comprendre pourquoi… et c’est là que ça se complique un peu plus?!

Cet accompagnement [des fédérations] s’appuie sur une analyse approfondie des bases de données fédérales. Et lorsqu’elles sont bien structurées, elles nous apprennent généralement énormément de choses.

Vous avez dernièrement travaillé avec l’Université de Valence en Espagne sur la comparaison des pratiques physiques et sportives françaises et espagnoles basée sur des enquêtes nationales, quels enseignements pouvez-vous en tirer, notamment en ce qui concerne la pratique des sports de nature ?

GR?: Oui, nous nous sommes lancés avec un collègue espagnol dans la comparaison des enquêtes qui avaient été réalisées en France et en Espagne en 2010. La première chose que nous relevons - une fois les deux bases de données rendues comparables - c’est que les Français sont globalement plus sportifs que les Espagnols. Quand en 2010, la France compte 27 % de non pratiquants, l’Espagne en compte 62 %. Mais il faut être prudent quant à ce type d’affirmation. En effet, il s’agit de pratique au moins une fois dans l’année. Si nous resserrons la définition de ce que signifie faire du sport ou une activité physique à une fois par semaine, la différence entre les deux pays se réduit.

BL : Finalement, ce qui différencie le plus un Français d’un Espagnol en matière d’activités physique ou sportive, c’est la taille du portefeuille d’activités déclarées. Nous observons que les Français pratiquent plus d’activités physique ou sportive que les Espagnols. Quand 35 % des Français déclarent pratiquer au moins trois activités, ce sont moins de 10 % des Espagnols qui déclarent pratiquer ce nombre d’activités. Pour le dire autrement, les Espagnols sont davantage des monopratiquants que les Français. 44 % des Espagnols déclarant être pratiquants ne déclarent qu’une seule activité contre 20 % des Français. Enfin, concernant les activités que ces deux populations affectionnent le plus, on retrouve quelques sports de nature.

GR : Oui, parmi les dix activités les plus pratiquées dans les deux pays nous en retrouvons cinq sports de nature. La première est sans surprise la marche (hors randonnée en montagne) pour environ 54 % de Français et 60 % des Espagnols. Les Espagnols sont donc un peu plus marcheurs que les Français. Nous trouvons ensuite le vélo (loisir) pour 23 % des Français et 8 % des Espagnols, la course à pied (18 % contre 5 %), la randonnée en montagne (14,2 % contre 3,5 %), et les sports d’hivers (15,2 % contre 1,7 %).

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