Faire avancer la science ? Les sports de nature au service des sciences participatives

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Les sports de nature offrent un point d’observation privilégié des milieux naturels, où pratique sportive et connaissance du vivant se croisent. En devenant des sentinelles sur les sentiers, en mer, en montagne ou sur les itinéraires du quotidien, les pratiquant·es, peuvent contribuer à la collecte de données sur la faune, la flore et l’évolution des écosystèmes. Les professionnel·les de l’encadrement des sports de nature, fortement présent·es sur le terrain et au contact des publics, jouent également un rôle clé dans la transmission et la mise en partage des connaissances, qu’ils et elles peuvent enrichir et actualiser grâce aux sciences participatives. Cette mobilisation ne peut avoir lieu qu’à deux conditions : des sciences participatives accessibles, robustes et une collecte adaptée aux usages sportifs.

Plusieurs dispositifs montrent qu’il est possible d’agir sans alourdir la pratique ni en modifier l’esprit. Elles ouvrent la voie à une participation plus large du monde sportif à la préservation de la biodiversité, en associant observation, sensibilisation et engagement concret. À l’heure où les milieux naturels sont soumis à de fortes pressions, ces initiatives rappellent qu’un sport au contact de la nature peut devenir un allié de sa protection.

Les sports de nature comme poste d’observation

La mobilisation citoyenne en faveur de la biodiversité progresse nettement. Collecter des données, sensibiliser le public, fédérer une communauté engagée, les objectifs sont clairs et les participants aux programmes de sciences participatives sont passés de 31 000 en 2013 à près de 83 000 en 2024 .

Le sport ne se contente plus d’occuper les espaces naturels ; il peut aussi contribuer à les documenter. Les sports de nature offrent un terrain particulièrement favorable aux sciences participatives, parce qu’ils placent les pratiquant·es au plus près des milieux. À pied, à vélo, en mer, en montagne, ces personnes perçoivent des évolutions que d’autres ne voient pas toujours : l’état d’un chemin, une floraison inhabituelle, la présence d’une espèce, le recul du littoral, la neige fraîche, des déchets abandonnés ou des engins de pêche perdus. Ce regard répété, à des moments et dans des lieux variés, constitue – en plus d'une connexion à la nature – une ressource précieuse pour la recherche et pour la gestion des espaces naturels.

Les sciences participatives éduquent à se poser des questions, forment le discernement et proposent en effet une lecture du réel et de ce qui nous entoure par l’expérimentation et l’observation ou par le partage de savoirs d'usages ou locaux.

Frédérique Chlous, anthropologue,
Professeure au Muséum national d’Histoire naturelle via Caisse des Dépôts

 

Les sciences participatives permettent de transformer ces observations en données utiles, grâce à des protocoles simples et accessibles aux personnes non spécialistes : observer, signaler, transmettre. Cette logique renforce à la fois la connaissance des milieux et l’engagement du public, en faisant des pratiquant·es. Dans les espaces littoraux comme dans les autres milieux, cette contribution citoyenne aide à mieux comprendre les usages, les pressions et les besoins de préservation.

La Fête de la Nature illustre le rôle essentiel des manifestations populaires sur le terrain pour donner envie de découvrir le vivant, partager des connaissances et renforcer le lien entre les personnes et la biodiversité.

Dès lors, comment passer de l’attention portée au milieu à une participation concrète, simple et utile ? Les dispositifs présentés ci-après apportent des réponses opérationnelles.

Six dispositifs faciles à intégrer

Parmi une trentaine de programmes nationaux analysés, voici les six qui nous semblaient les plus faciles à intégrer dans une session de sport ou de loisir sportif.


Carte des spots observés par la communauté Spot. Source spot.creamontblanc.org

1. SPOT, la montagne comme laboratoire

Sciences Participatives en montagne ouvertes à tous (Spot), permet de contribuer à plusieurs programmes selon l’activité du jour : observation de la faune, suivi botanique, journal d’enneigement. L’outil convient à la randonnée pédestre, à l’alpinisme et à l’escalade, avec des formulaires courts et des niveaux d’implication pensés tant pour les débutants que les chevronnés. C’est l’exemple à mobiliser pour montrer qu’un détour pendant la randonnée peut devenir utile à la science.

Le point fort : les programmes permettent de se faire la main très facilement avec de premières observations sans grandes connaissances au préalable.

Observer et comprendre le vivant | Spot


Prise de vue depuis la station CoastSnap de Siouville-Hague. Source : littoral.manche.fr

2. COASTSNAP, photographier pour suivre les côtes

Programme de sciences participatives international commencé en Australie, COASTSNAP permet de suivre l’évolution des littoraux au fil du temps et au gré des aléas climatiques et/ou de l’activité humaine. Les données sont utiles à long terme – visualiser le déplacement du trait de côte, c’est-à-dire la limite entre la terre ferme et les espaces maritimes – et à court terme, lorsque les observations permettent de détecter des alertes pour la population ou les infrastructures du littoral.

Comment ça marche ? Prendre une photo du littoral, soit de manière « libre » (selon l’angle et la localisation qui vous intéresse), soit en utilisant l’une des stations existantes pour poser son téléphone. Puis partager sa photo directement sur l’application, soit dans le cadre d’un programme spécifique ; il en existe quatre en France qui couvrent l’essentiel du littoral métropolitain : Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire, Morbihan, et Mer du Nord. Les programmes permettent d’ailleurs souvent de collaborer via leur site internet et donc de se passer du téléchargement de l’application.

Le point fort ? La possibilité de créer un observatoire exactement là où cela vous semble le plus pertinent, ou d’utiliser une station préexistante pour se simplifier la vie, qui peut posséder son propre QR code pour une remontée rapide de l’observation.

Coastsnap.com


Floraisons anormales recensées par des observateurs bénévoles en 2025. Source obs-saisons.fr

3. Observatoire des saisons, suivre le vivant au fil de l’année

L’observatoire des saisons est une émanation du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) animé par le réseau de botanistes Tela Botanica, qui permet l’observation des espèces présentes sur vos espaces, sites et itinéraires de pratique en signalant les moments clés liés au cycle de vie de l’espèce choisie : observation d’un oiseau migrateur date de floraison d’une plante, différentes étapes saisonnières du cycle d’un arbre.

Comment ça marche ? Pour effectuer une observation, il suffit de se rendre sur le site et de remplir un court formulaire (après avoir créé un compte). Vous pouvez compléter les observations d’une station préexistante publique pour collaborer avec d’autres participant·es ou commencer à observer là où cela vous chante. Ce qui est pratique, c’est qu’en fonction de l’espèce que vous choisissez de suivre (un vieil arbre près de chez vous, une plante que vous voyez fleurir chaque année sur votre circuit de vélo, un reptile que vous repérez parfois sur votre sentier de randonnée…), vous n’avez à garder qu’une seule idée en tête en partant : mon arbre a-t-il produit ses premiers fruits ? Ma plante a-t-elle fleurie ? Ai-je vu le reptile aujourd’hui ? Si la réponse est oui, alors vous pouvez prendre quelques minutes en rentrant pour le renseigner. Si c’est non, alors il n’y a rien à faire pour cette fois !

Le point fort ? En suivant le calendrier fourni, on sait facilement à quelle étape du cycle de vie de l’espèce on se situe. Et en choisissant un arbre, une plante ou un animal que l’on peut surveiller de manière récurrente lors de ses sorties nature, on peut créer une connexion particulière avec l’espèce choisie parmi une liste des 70 espèces proposées.

Observatoire des Saisons


Photo d'un plongeur ou d'une plongeuse cadrant des poissons-papillons au dessus d'un récif. Source Adobe Stock

4. Cromis, la biodiversité sous l’eau

Collaboration de la Fédération française d'études et de sports sous-marins et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), le Carnet de relevés d'observation des milieux subaquatiques (Cromis) est une extension directe du carnet de plongée numérique. Il peut être utilisé en amont des plongées pour anticiper les rencontres potentielles, et permet à la sortie de l’eau d’enrichir la base de données collaborative du MNHN. Une des particularités de Cromis, c’est justement d’avoir été conçu sur mesure pour la plongée !

Comment ça marche ? Après chaque plongée, l’utilisateur peut indiquer les espèces rencontrées ainsi qu'un certain nombre de données : site de plongée, profondeur, l’équipement et les techniques employées, etc. Pour les néophytes, des posters (téléchargeables en PDF) existent par région pour vous donner les clefs d’identification des espèces que vous aurez le plus de chance de rencontrer.

Le point fort ? L’identification des espèces n’est pas toujours facile lorsque l’on débute. La pré-identification d’une vingtaine d’espèces (selon région) dans les affiches permet d’orienter les premières observations.

CROMIS | FFESSM

5. Fish & Click, cartographier les engins perdus

Un deuxième outil pour les sportives et sportifs du littoral : le projet Fish & Click. L’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) a conçu cet outil spécifiquement pour recueillir des données liées aux engins de pêche perdus (casier, filet, cordage, lest, gants, etc.), afin de les cartographier au mieux et d’en tirer des solutions pour faciliter leur gestion et réduire les risques qu’ils entrainent sur la faune et la flore.

Comment ça marche ? La page web permet de signaler les engins de pêches repérés sur le littoral ou en pleine mer. Si vous n’avez pas le temps de vous en occuper sur place, une simple photo suffit avant de réaliser le signalement plus tard.

Le point fort ? Pas de création de compte, deux minutes chrono pour faire son signalement.

Fish & Click


Gazé sur une fleur de knautie des champs. Photo B. Fontaine. Source vigienature.fr

6. Opération Papillons : la science participative pour tous et toutes

L’Opération Papillons est piloté en collaboration avec Vigie-Nature – Muséum national d’Histoire naturelle et l'Office français de la biodiversité qui permet à chacun·e, néophyte comme naturaliste confirmé, de recenser et compter les papillons de jour dans son jardin, son balcon ou dans un parc. Un programme qui vise à participer à la recherche scientifique tout en permettant aux citoyen.ne.s de se reconnecter à la nature et de mieux la connaitre pour mieux la protéger.

Comment ça marche ? Sortir dans votre jardin, sur votre balcon ou dans un espace vert public et saisir pour chaque semaine d’observation sur le site web dédié à l’opération, le nombre d’individus maximum vus simultanément pour chaque espèce.

Le point fort ? Les papillons sont faciles à reconnaitre et observer, une démarche accessible à tous et toutes, même aux plus jeunes. Un périmètre d'observation circonscrit qui limite les besoins de déplacement.

Protéger les papillons avec l'ONG Noé

Des outils simples, des usages variés

L’un des atouts des sciences participatives est leur capacité à s’inscrire dans la pratique sans la ralentir, ni la compliquer. Dans le cadre d’une sortie sportive, la participation peut reposer sur des gestes très courts : remplir un formulaire simple, prendre une photo, signaler une observation au retour de l’activité. Cette sobriété dans l’expérience utilisateur est essentielle, car elle permet de préserver le plaisir de la pratique tout en ouvrant un espace de contribution utile à la connaissance des milieux.

Un bon dispositif est d’autant plus efficace qu’il respecte le rythme de la sortie. Il ne doit pas imposer une charge supplémentaire trop lourde ni transformer l’attention portée à l’activité sportive en contrainte administrative.

L’engagement peut aussi être modulé selon les publics. Certains outils nécessitent la création d’un compte, d’autres non, ce qui permet d’ouvrir plusieurs niveaux de participation : simple signalement ponctuel, contribution régulière ou suivi plus approfondi.

La science participative n’est donc pas réservée à un cercle d’expert·es. Bien conçu, le dispositif devient alors un prolongement naturel de l’activité sportive. Le mouvement sportif a, lui aussi, un rôle à jouer dans cette dynamique. En donnant une place active aux pratiquant·es ainsi qu’aux professionnel·les de l’encadrement, il renforce la sensibilisation du public à la biodiversité et favorise une culture commune. .

Les sciences participatives : quoi et pourquoi ? Noé

De l’observation à l’action

Déplacement du trait de côte, phénologie, état des milieux, apparition d’espèces sensibles ou invasives ou préservation de la biodiversité… Les sciences participatives aident aussi les collectivités à mieux cibler leurs actions, à adapter leurs aménagements aux réalités du terrain et apportent aux citoyen·nes une valeur concrète à la transition écologique. La métropole du Grand Paris[3] et Le Havre[3] avec les Atlas de la biodiversité communale (ABC) illustrent cette dynamique[4].

Les observations issues des sciences participatives et plus globalement des citoyen·nes peuvent servir d’alerte et d’aide à la décision, notamment sur les littoraux et dans les espaces sensibles ; la donnée devient alors un outil de vigilance, de dialogue et d’action au service de la préservation de l’environnement et d’évaluation des politiques.

Exemples entre sciences participatives et mobilisations citoyennes[5]

  • des mammifères marins échoués : Pelagis
  • des oiseaux mazoutés, échoués : ICAO
  • animaux sauvages en détresse : LPO

Suricate participe à une logique complémentaire de veille citoyenne, en mobilisant les usagers réguliers comme observateurs privilégiés du terrain. Ce dispositif illustre comment une pratique sportive attentive peut contribuer à la fois à l’entretien des sites, à la prévention des risques et à la préservation des milieux naturels, en facilitant le passage de l’observation à une action concrète et rapide.

Bien que les programmes de sciences participatives se tournent naturellement vers les personnes en relation directe avec les milieux naturels, il apparait important de ne pas restreindre la réflexion uniquement au champ des sports de nature. En effet, les disciplines sportives plus urbaines peuvent avoir une démarche de participation à certains programmes comme Sauvages de ma rue.

Notes

[4] En janvier 2025, 612 projets d’ABC couvrant la période 2017-2024 ont été recensés dans 4 598 communes réparties sur toute la France.Bilan environnemental de la France, édition 2025, Service des données et études statistiques (SDES). Mai 2026.. Consulté le 2 juin 2024.

[5] Il convient aussi de distinguer les sciences participatives des sciences citoyennes : dans les premières, un organisme scientifique définit le sujet et le protocole de collecte et d’interprétation des données, tandis que dans les secondes, la participation repose davantage sur l’initiative des personnes, avec une base scientifique et un cadre méthodologique moins systématique.

Un article écrit dans le cadre du projet Sports & Biodiversité

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