Organisé du 1er au 3 décembre 2025 à l'INSEP, ce 1er regroupement national Transition écologique et sports de nature marque une évolution stratégique du Pôle ressources national (PRNTESN). Succédant à 28 éditions dédiées au développement maitrisé, ce séminaire répond à l'urgence climatique et aux impératifs de préservation de la biodiversité dans le sport et les sports de nature.
L'évènement a réuni les services déconcentrés de l'État, le mouvement sportif et les conseils départementaux (uniquement le 3 décembre, voir le compte-rendu) autour d'un objectif triple : acculturer les acteurs aux enjeux de la transition, accompagner l'engagement des fédérations et renforcer les synergies territoriales à travers des témoignages inspirants, des tables rondes et d’ateliers collaboratifs.

La table ronde réunissant la Marina Chaumond (direction des Sports), Nelly Defaye (CREPS de Nancy), Rodolphe Legendre (DRAJES Centre-Val de Loire) et Gérard Rougier (Fédération française de golf) a rappelé un état des lieux préoccupant. Selon l'étude WWF 2021, un scénario à + 2 °C entrainerait 24 jours de pratique en moins par an (66 jours à + 4 °C). Au-delà de 32 °C, la pratique devient dangereuse pour la santé.
Les impacts touchent tous les sports : les stations de ski perdent un mois d'enneigement par degré supplémentaire, un quart des clubs de voile pourraient disparaitre à + 4 °C, et les terrains de pelouse (golf, football, rugby) subissent sécheresse et maladies du gazon. Les territoires sont déjà concernés : stations vosgiennes fermées, restrictions d'arrosage généralisées.
Le Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) Sport, publié en décembre 2024, est le premier plan sectoriel en France. Il identifie 10 aléas climatiques et propose 30 mesures axées sur la formation et la sensibilisation.
Sur le terrain, des initiatives émergent : Les CREPS intègrent la responsabilité environnementale dans tous leurs aspects (infrastructures, formation, restauration). La région Centre-Val de Loire a territorialisé le plan national sur 6 disciplines représentatives, le golf a réduit de 10 % à 5 % l'usage d'eau potable et la fédération française de Golf développé le label biodiversité avec le Muséum d'Histoire Naturelle.
Comme l'a souligné la Fédération Française de Golf, s'adapter au changement climatique ne dispense pas d'agir sur ses causes. Réduire l'empreinte carbone du sport et préserver la biodiversité des sites de pratique restent essentiels pour limiter l'aggravation des impacts climatiques.
Trois enjeux se dégagent de la table ronde : renforcer l'expertise du monde sportif dans les instances décisionnelles (comités sécheresse, aménagement), coordonner l'action entre ministères (Sports, Environnement, Agriculture), et faire des clubs sportifs des "lieux de transformation" pour sensibiliser massivement.
Comme l'a souligné Rodolphe Legendre : "On aura encore plus besoin du sport dans 30 ans. Serons-nous en capacité de le pratiquer ?" La réponse dépend de notre capacité à anticiper et adapter dès aujourd'hui nos pratiques et infrastructures sportives.

Younes Nezar (Climatosportifs) et Benjamin Billet (Président d’ENOS) ont convergé sur la nécessité de repenser notre rapport au sport et à la nature dans le contexte de transition écologique, mais avec des approches complémentaires.
Younes Nezar a ancré son propos dans le concret de l'empreinte carbone des évènements sportifs, l'entrainement périurbain pollué versus la pratique jamaïcaine en symbiose avec la nature. Son engagement avec Les Climatosportifs privilégie l'action collective immédiate et la sensibilisation du grand public, rappelant qu'il faut « être nombreux plutôt que parfaits ». Benjamin Billet a développé une vision stratégique et systémique, nourrie par l'expérience européenne. Il a théorisé le « superpouvoir des sports de nature » : créer des liens émotionnels profonds avec le vivant, capables de transformer les comportements. Son plaidoyer porte sur la refonte des infrastructures, des formations professionnelles et des politiques publiques.
Leurs témoignages se complètent : l'un incarne l'urgence d'agir depuis le terrain sportif, l'autre dessine les cadres structurels nécessaires. Ensemble, ils affirment que les sports de nature ne sont pas un secteur de réduction carbone parmi d'autres, mais un levier d'engagement essentiel pour construire un avenir désirable et reconnecter la société au vivant.
Sous la forme d’un jeu de rôle développé par le PRNTESN, trois mises en situation ont permis aux agent·es et fédérations de s'immerger dans des situations conflictuelles typiques de la gestion des sports de nature, à l’œuvre dans les instances de concertations. Les participant·es ont incarné tour à tour les camps de la promotion ou de l'opposition.
Ce jeu de rôle a démontré sa valeur pédagogique : en incarnant des positions contradictoires, les agent·es développent leur écoute active, identifient les leviers de médiation et comprennent la légitimité de chaque partie prenante. Cette approche immersive prépare efficacement aux arbitrages complexes entre sécurité, environnement, économie et acceptation sociale, compétences essentielles pour la gestion apaisée des territoires.
Lors de ce premier regroupement sur la transition écologique et les sports de nature, deux Pôles ressources nationaux (PRN) ont présenté leurs missions et les synergies possibles avec les enjeux environnementaux.
La santé par l’activité physique constitue l’axe majeur du PRN2S. Parmi les différentes activités possibles, les sports et loisirs de nature représentent un levier particulièrement intéressant pour améliorer la santé mentale, comme l’a montré une revue systématique et méta-analyse récente regroupant de nombreuses études concluantes que les interventions basées sur la nature (ex. « green exercise », jardinage, bain de forêt) améliorent significativement des indicateurs de santé mentale, comme la réduction de l’anxiété, l’augmentation de l’affect positif et la diminution de l’humeur dépressive.
Ensuite, le réchauffement climatique et les conditions climatiques extrêmes (température, pollution) ont des répercussions sur la pratique d’activité physique et une incidence forte sur les pathologies chroniques des bénéficiaires pratiquant à l'extérieur.
Le PRNSI, chargé de contribuer au développement de la pratique sportive via les différents types d’innovations (technologiques, sociales, organisationnelles…), administre entre autres Data ES qui est la base de référence des équipements sportifs avec 300 000 équipements recensés. La plateforme permet de réaliser des portraits de territoire, des comparaisons et des exports de données en open data.
Le PRNSI porte la mesure 17 du PNACC Sport sur les innovations pour la transition écologique. Le programme prévoit une cartographie des innovations existantes, un travail sur les financements et développement d'outils d'intelligence artificielle pour identifier les aides, un suivi des mesures et innovations structurantes
La problématique du recensement des ESI des sports de nature dans Data ES a été soulevée et il a été rappelé qu'il n'y a pas d'interdiction mais une priorisation des actualisations (équipements scolaires, piscines). Plus de 26 000 équipements de sports de nature sont déjà recensés. La limite est que l'outil se concentre sur les points fixes géolocalisés (installations, bases), pas sur les parcours. Un travail en collaboration avec le PRNTESN et avec le réseau devrait avoir lieu pour résoudre la problématique.
Ces deux pôles offrent des ressources précieuses pour accompagner la transition écologique du sport : études scientifiques sur le changement climatique et ses impacts en termes de santé, cartographies d'innovations durables, financements identifiés pour les projets, et données territoriales pour objectiver les besoins. Leur expertise constitue un appui essentiel pour le réseau transition écologique et sports de nature.
Le troisième Pôle ressources national chargé du sport handicap est intervenu lors du séminaire des départements.
Les ateliers ont permis d'acculturer sur les domaines de la transition écologique, des sports de nature et de la politique du ministère et d’alimenter les travaux du PRNTESN sur les mesures Héritage Alpes 2030 et du PNACC Sport qu’il pilote.

Cet atelier a permis un partage d'expériences sur les impacts du changement climatique sur l'accès aux sites de pratiques sportives et de loisirs. Les participant·es ont abordé diverses problématiques liées aux restrictions d'accès, notamment concernant les milieux aquatiques (mer, littoral, eaux intérieures) dans un contexte de sécheresse et de baisse du niveau des eaux. Deux difficultés majeures ont émergé des échanges :
Les discussions ont mis en évidence la possibilité de nuancer ces interdictions générales en tenant compte de la nature spécifique des activités pratiquées et du niveau d'encadrement proposé.
Une recommandation clé a émergé : l'importance de préparer en amont des argumentaires et des propositions de solutions alternatives. Ces dossiers, élaborés en collaboration avec les différents acteurs institutionnels, permettraient aux services départementaux à la Jeunesse, à l'Engagement et aux Sports de présenter au préfet des options différenciées, évitant ainsi les fermetures totales tout en garantissant la sécurité des pratiquants.
Cet atelier a permis d’acculturer les agent·es aux principales stratégies impactant la pratique sportive en pleine nature (SNB, SNAP…). Il a été fait le constat que les acteurs des sports de nature (fédérations, services déconcentrés) sont absents des comités régionaux de la biodiversité (CRB) animés par les DREAL, alors même qu'ils portent la responsabilité de la mesure 18 de la SNB. Cette absence est critique car les CRB décident des politiques locales impactant directement les sites de pratiques, tandis que d'autres filières y exercent un fort lobbying. Sans présence institutionnelle, impossible de défendre les pratiques ni de participer à une gouvernance environnementale équilibrée.

Le PRNTESN a renouvelé son atelier précédemment proposé afin de répondre à des objectifs : faire connaitre les enjeux de politiques publiques auquel il entend s’adresser mais aussi de faire prendre conscience de l’existence des sciences comportementales et de leur utilité afin d’élaborer des politiques publiques adaptées aux usager·es et à l’impact avéré, grâce aux connaissances et méthodes scientifiques.
Les ateliers consacrés à la mise en œuvre des mesures 16 et 27 du PNACC Sport ont permis d’identifier les instances de concertation dans lesquelles les agent·es sont actuellement impliqués, ainsi que celles où leur présence est absente mais jugée stratégique. Les participant·es ont ensuite analysé les obstacles à leur implication, en mettant en évidence, comme frein majeur, l’absence d’instruction nationale ou de cadrage stratégique incitant les services à assurer une présence active dans ces instances. Ils ont également formulé les besoins nécessaires pour renforcer leur engagement, notamment en matière de directives claires et de soutien organisationnel. Ce temps d’échange a favorisé une meilleure compréhension des enjeux et des leviers nécessaires pour une mise en œuvre efficace.
Cet atelier proposait d’échanger autour de grands paradoxes qui animent les débats autour des enjeux de pratiques sportives et de loisirs en milieu naturel et la prise en compte de la biodiversité. Il a pu être exprimé des tendances générales pour chaque sujet amenant ainsi les participant·es à s’accorder sur :
Ce premier regroupement Transition écologique et sports de nature a posé les fondations d'une action collective du ministère chargé des Sports face aux défis climatiques.
Les deux journées ont permis d’identifier une communauté d'acteurs partageant un diagnostic commun et des méthodes d'intervention. La diversité des participant·es (services déconcentrés, CREPS, fédérations, pôles ressources) témoigne de la mobilisation du monde sportif sur ces enjeux.
Trois axes de travail se dégagent pour les mois à venir :
Investir les instances décisionnelles. L'absence des acteurs des sports de nature dans les Comités Régionaux de la Biodiversité, les comités sécheresse et les commissions d'aménagement constitue un angle mort critique. Il est urgent d'y affirmer notre présence institutionnelle pour défendre nos pratiques et contribuer à une gouvernance environnementale équilibrée.
Territorialisation des politiques publiques. À l'image de l'expérience du Centre-Val de Loire sur le PNACC Sport, chaque région devra décliner les stratégies nationales en fonction de ses spécificités territoriales, climatiques et sportives. Ce travail de coconstruction entre l’État et les acteurs locaux sera déterminant pour l'efficacité des mesures. Ainsi la publication d'une instruction ministérielle apparait indispensable afin de fixer un cadre méthodologique clair et d'engager officiellement les services dans cette dynamique.
Capitaliser et diffuser. Les expériences du monde du sport (fédérations, territoires…) doivent être partagées, évaluées et essaimées via le réseau et le PRNTESN.
Les prochains regroupements permettront de mesurer les progrès, d'ajuster les stratégies et de renforcer la cohésion du réseau. Ils constitueront également des espaces privilégiés pour former aux outils de médiation, construire des argumentaires communs et développer l'intelligence collective.
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